La part blanche du Perche
Claire Vasseur a passé douze ans à fabriquer des livres d’art à Paris. Depuis 2014, elle élève des bergers blancs suisses dans une longère près de Bellême – une à deux portées par an, jamais plus, et des chiens qui dorment au rez-de-chaussée.
Venir au chien par l’image
La première fois que j’ai vu un berger blanc suisse, c’était sur une planche-contact, dans un livre que je mettais en page sur les chiens de troupeau d’Europe. Une silhouette claire dans un pré sombre, des oreilles droites, une attention totale. J’ai cherché la race, puis les élevages, puis les défauts – parce que c’est comme ça qu’on choisit bien : en commençant par ce qui fâche. Quatre ans plus tard, Java arrivait à la maison, et la maison n’était plus à Paris.
Le Perche n’a pas été un hasard. Il me fallait des prairies, des haies, un bourg à vélo, et un train pour rassurer ma famille. La Héberdière est un hameau de trois feux à dix minutes de Bellême : une longère, une grange, un hectare et demi clos en deux prairies. C’est un terrain de travail, pas un décor – même si, je l’avoue, il photographie bien.
Une maison, pas un chenil
Il n’y a pas de boxes à l’Aube Claire. Les quatre chiens vivent dans la longère, dorment au rez-de-chaussée, et passent leurs journées dehors quand le temps le permet – c’est-à-dire, dans le Perche, environ un jour sur deux. Les chiots naissent dans l’ancienne lingerie attenante à la cuisine : une pièce calme, chauffée, où tout passe – les bruits de vaisselle, la radio, les bottes dans l’entrée, les voisins qui s’invitent pour le café.
Cette vie de maison n’est pas un argument sentimental, c’est une méthode. Un berger blanc suisse est un chien sensible, attaché, parfois réservé avec les inconnus : tout ce qu’il rencontre avant huit semaines lui servira toute sa vie. Mes chiots partent en ayant entendu l’aspirateur, roulé en voiture, marché sur du carrelage, de l’herbe et du gravier, rencontré des enfants polis et un chat souverain.
Élever peu, élever lentement
Je produis une portée par an, deux les années où cela a vraiment du sens. Ce rythme n’est pas une coquetterie : il correspond à ce qu’une personne seule peut faire sérieusement – être présente à chaque mise bas, connaître chaque chiot par son tempérament et pas par la couleur de son collier, suivre chaque famille des années après le départ. Mes chiennes font au maximum trois portées dans leur vie, jamais deux années de suite, et prennent leur retraite à la maison.
Quant aux mariages, je les construis sur trois pieds : la santé d’abord – dépistages complets des deux parents, sans exception –, le caractère ensuite, le modèle enfin. Vous trouverez le détail de chaque union dans le Carnet des portées, et tous les résultats de dépistage dans le Dossier santé des reproducteurs. Les portraits de nos bergers blancs suisses montrent comment cette méthode se traduit chien par chien. Je n’ai rien à vendre que je ne puisse documenter.
- Une à deux portées par an, élevées dans la maison, jamais en parallèle.
- Dépistages complets des deux parents avant tout mariage : hanches, coudes, MDR1, nanisme hypophysaire, examen oculaire (détail p. 34).
- Socialisation structurée : protocole d’éveil dès la deuxième semaine, surfaces, sons, manipulations, visites encadrées à partir de la cinquième.
- Départ à huit semaines révolues, identifié, primo-vacciné, vermifugé, avec certificat vétérinaire et trousseau.
- Suivi à vie : je reste l’interlocutrice de chaque famille, et je reprends n’importe lequel de mes chiens si la vie bascule. C’est écrit dans le contrat.
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